Pleins feux sur Søren Rysgaard

S’emmitoufler en plein été

par Sharon Chisvin

Cet article a d’abord été publié en anglais dans le numéro de l’été 2018 du magazine ResearchLIFE de l’Université du Manitoba.

Photos : © Université du Manitoba


Søren Rysgaard n’est pas à une contradiction près.

Il effectue des recherches sur le réchauffement de la planète tout en étudiant la glace arctique, passe l’été dans des conditions hivernales et parcourt la vaste région arctique en examinant de minuscules organismes microbiens. Il observe la disparition des calottes glaciaires à partir des airs et l’apparition de l’activité des bactéries anaérobies dans la mer. Il partage son temps entre des stations de recherche sur le terrain au confort rudimentaire et des installations de recherche de pointe valant plusieurs millions de dollars.

De plus, M. Rysgaard mène des recherches à Winnipeg et au Danemark; il est le fondateur du Centre de recherche climatologique du Groenland et, jusqu’à tout récemment, il était titulaire de la Chaire d’excellence en recherche du Canada sur la géomicrobiologie arctique et le changement climatique au Centre des sciences de l’observation de la Terre (Centre for Earth Observation Science) de l’Université du Manitoba.

Au cours de son mandat en tant quetitulaire d’une chaire d’excellence, qui a pris fin en avril 2018, M. Rysgaard est devenu l’un des spécialistes des glaces arctiques les plus renommés et respectés au monde. Avec l’appui et les ressources de la chaire, il a mesuré, exploré et examiné la disparition de la glace de mer et l’interface de cette glace avec l’océan et l’atmosphère, tout en étudiant la façon dont le réchauffement de l’Arctique affecte le micro-environnement, la terre, la température, le temps violent, ainsi que la faune et la société nordiques.

« Au Canada comme au Groenland, les changements dans la couverture de glace de mer ont d’importantes répercussions sur les collectivités locales ainsi que sur les pêches commerciales et les entreprises », affirme M. Rysgaard.

Travaillant avec plus de 250 scientifiques et étudiants internationaux, M. Rysgaard a divisé ses recherches de la chaire en deux parties connexes.

Dans la première, il s’est concentré sur les processus biogéochimiques survenant dans la glace de mer et sur la façon dont les changements dans l’état des glaces touchent l’Arctique au sens large, se répercutant dans les écosystèmes marins et affectant l’absorption des gaz à effet de serre par le milieu marin.

La seconde partie visait à mieux faire comprendre les effets du climat sur le système marin de l’Arctique, en particulier sur la production d’algues de glace de mer.

« Nos activités de recherche sur la glace de mer nous ont permis d’acquérir de nouvelles connaissances sur les processus présents dans la formation et la fonte de la glace et sur la façon dont les processus chimiques dans la glace de mer influent sur la chimie du carbone dans les eaux arctiques », explique M. Rysgaard.

« La fonte de la glace de mer, la production d’algues et la dissolution des concentrations observées d’ikaite, poursuit-il, ont entraîné une eau de fonte à très faible concentration de dioxyde de carbone, ce qui, à son tour, augmente le potentiel d’absorption par l’eau de mer du dioxyde de carbone de l’atmosphère. »

Ces facteurs, ajoute-t-il, influent aussi grandement sur le pH de la glace de mer et des eaux de surface et, par conséquent, jouent un rôle dans l’acidification de l’océan dans les mers arctiques.

C’était au cours de la découverte de cette nouvelle dynamique que M. Rysgaard et son équipe ont fourni le tout premier rapport sur les précipitations de gypse dans la glace de mer et ont mis au point des techniques, maintenant utilisées dans le monde entier, pour mesurer quantitativement la distribution tridimensionnelle des gaz et des saumures dans la glace de mer et pour étudier les fleurs de glace et les processus chimiques et biologiques qui s’y trouvent.

« La recherche novatrice et créatrice de M. Rysgaard nous a permis de mieux comprendre les rétroactions climatiques enregistrées dans les glaces de l’Arctique », explique Norman Halden, doyen de la Faculté Clayton H. Riddell de l’environnement, des sciences de la Terre et des ressources de l’Université du Manitoba. « Il a également joué un rôle déterminant dans la création de l’Arctic Science Partnership de l’Université, qui a ouvert des portes et des possibilités internationales uniques à nos chercheurs, en particulier aux étudiants des cycles supérieurs. »

Ces étudiants reconnaissent la chance qu’ils ont eue de travailler avec M. Rysgaard. « M. Rysgaard prêche toujours par l’exemple, affirme Karley Campbell, chercheure postdoctorale. Son approche se fonde sur le respect des autres étudiants et du personnel ainsi que sur le fait que toutes les idées sont prises en considération, peu importe le poste occupé par chacun. »

Odile Crabeck, qui a terminé son doctorat sous la direction de M. Rysgaard en 2017, partage le point de vue de Mme Campbell.  

« La joie et l’enthousiasme de M. Rysgaard pour la recherche sont contagieux et motivants, ce qui fait de lui un excellent mentor, déclare‑t‑elle. Et après tant d’années de recherche sur l’Arctique, il est toujours aussi passionné et motivé par son travail. »

Récemment, M. Rysgaard a consacré cette passion et ce dynamisme à la recherche sur les interactions entre océan et glacier, sur les processus à l’origine de la fonte des glaciers et des icebergs et sur le suivi des icebergs et des courants océaniques, en relation avec les risques liés aux glaces.

« Pendant mes nombreuses années au Groenland et dans l’Arctique canadien, j’ai vu la glace de mer et les glaciers fondre très rapidement, explique M. Rysgaard. Beaucoup de glaciers que j’ai visités voilà plus de 20 ans disparaissent rapidement. »

Il ajoute qu’il s’agit d’un sujet important en raison de la circulation maritime et de l’exploitation pétrolière accrues dans l’Arctique.

Poursuivant ce nouveau champ de recherche en tant que titulaire de chaire, M. Rysgaard a hâte de travailler avec la nouvelle titulaire de la Chaire de recherche Canada 150, Julienne Stroeve, qui commence son mandat en septembre.

Après avoir passé des centaines de jours en tant que titulaire de chaire dans la cryosphère difficile et impitoyable, M. Rysgaard est loin d’être prêt à sortir du froid. Après tout, il sait mieux que quiconque qu’il reste encore beaucoup à apprendre sur l’amincissement de la glace de mer, le dégel du pergélisol et les effets néfastes des changements climatiques sur l’environnement arctique.


Une recherche sur l’Arctique qui brise littéralement la glace

Søren Rysgaard a été un choix idéal pour le Programme des chaires d’excellence en recherche du Canada, un programme inaugural lancé par le gouvernement canadien en 2008. Après tout, le Programme visait à renforcer la réputation du Canada en tant que chef de file mondial en matière de science et d’innovation de pointe, à établir des partenariats mondiaux et à fournir aux Canadiens des avantages économiques et sociaux durables.

Au cours de son mandat en tant que titulaire de chaire, M. Rysgaard a réussi tout cela à grande échelle.

À peine nommé titulaire de chaire, M. Rysgaard a créé l’Arctic Science Partnership, vaste collaboration de recherche internationale entre l’Université du Manitoba, l’Aarhus University, le Greenland Institute of Natural Resources et l’Alfred Wegener Institute qui réunit les plus grands scientifiques de l’Arctique. Il a dirigé ces scientifiques et des centaines d’étudiants dans une trentaine de grandes explorations sur le terrain. Plusieurs de ces chercheurs se sont rendus dans les régions les plus éloignées et les plus impitoyables de l’Arctique.

Travaillant en étroite collaboration avec son équipe, M. Rysgaard a découvert de nombreux processus physiques, chimiques et biologiques liés à la formation de la glace de mer, à la fonte de la glace de mer et à la façon dont la glace de mer affecte l’échange de gaz à effet de serre entre l’atmosphère et l’océan. Il a également mis au point de nouvelles techniques pour mesurer le cycle mondial de l’azote dans les océans et a publié plus de 200 articles sur ses recherches.

M. Rysgaard a encadré et inspiré de nombreux jeunes scientifiques et explorateurs de l’Arctique, en laboratoire comme sur le terrain, et il a obtenu des millions de dollars en financement mondial pour de nouveaux projets dans l’Arctique. Grâce à ses réalisations, il a fait du Centre des sciences de l’observation de la Terre de l’Université du Manitoba le foyer intellectuel le plus important au monde pour l’exploration et la découverte de l’Arctique et des changements climatiques.